L’univers japonais ne laisse pas indifférent…Rencontre avec Mélanie et Yann, deux artistes qui aiment faire fusionner art traditionnel et imaginaire au cœur de peintures contrastées où poésie, humour et horreur se croisent, s’entremêlent et se montrent uniques.

À l’occasion de leur exposition commune dans le shop, visible jusqu’au mois de Mai, on vous fait découvrir le talent de ces deux jeunes tatoueurs-illustrateurs.

Pouvez-vous nous parler de vos parcours?

Holesin_ears : J’ai tout d’abord fait un Bac SES et suis rentré dans une École d’effets spéciaux et d’animation 3D, ArtFx à Montpellier. Mais mon parcours a réellement commencé dans un petit studio de tatouage à la Réunion. C’est là bas que j’ai appris tout ce que je sais aujourd’hui sur l’art du tatouage.

Melartista : Pour ma part, j’ai d’abord fait un Bac Art Appliqué. J’ai rencontré Yann lors de mon cursus à ArtFx et c’est en partageant cette passion que l’on avait en commun pour le tatouage que je me suis un peu plus intéressée à cet univers. C’est alors que j’ai voulu faire de tatouage japonais, mon métier.

Comment s’est développer votre passion pour l’art japonais ?

Holesin_ears: J’ai passé un an auprès d’un tatoueur qui m’a ouvert les yeux sur le monde de l’art japonais. Tout le folklore japonais m’a tout de suite plu. À partir de là, je n’ai jamais cessé de développer et de nourrir cette passion.

Melartista: C’est en développant mes recherches sur le tatouage que je me suis intéressée de plus près à l’univers japonais. En découvrant les mythes et la culture du Japon, j’ai compris l’étendue des possibilités artistiques et j’ai développé un réel coup de cœur pour l’Asie et ce qui l’entoure. Depuis, je ne peux créer quelque chose qui me plaise réellement sans y mettre ma touche japonaise.

 

Comment les gens réagissent face à votre art ?

Melartista: Haha ! Les gens sont très différents et ont, pour le coup, des réactions très opposées face à notre art. Certains adorent et sont très curieux alors que d’autres restent perplexes voir même choqués face à certaines images. En général, les gens préfèrent mes tableaux d’animaux ou mes compositions florales à mes yokais (démons japonais) ou mes toiles de shunga (art érotique japonais).

Holesin_ears: Je ne sais pas comment ils réagissent. Je pense que c’est un peu trop fou pour certains. Si je dessine un personnage du folklore japonais, ils me diront que ce n’est pas commun ou étrange. Alors que ces personnages sont dépeints depuis l’Ère Edo en 1600.

Dans toutes les formes d’art, l’inspiration est cruciale. Qu’est-ce qui vous a inspiré pour créer jusqu’à présent ?

Holesin_ears: Tous les artistes que je suis sont ceux qui me poussent à faire mieux. Leurs créations, leur style, tout ça pousse à créer d’avantage et faire évoluer mon univers.

Melartista: Oui effectivement, comme l’a dit Yann, il y a une part de dépassement de soi dans son propre style artistique. Je pense aussi que le fait de travailler parfois ensemble nous permet de nous sortir de cette fameuse zone de confort tout en apprenant de l’autre. Partager notre passion est un réel moteur artistique et créer est devenu nécessaire à mon bien-être. C’est un mode de vie.

Quels sont les artistes qui vous inspirent du coup ?

Holesin_ears: C’est impossible de tous les citer ! Haha. Mes principales influences sont @marcustattoos ,@sacred_crow, @jo_arancibia, ou encore @maverickreevetattoo

Melartista: Effectivement! Dur de choisir parmi toutes nos références ! Tout comme Yann, ces tatoueurs m’inspirent beaucoup. Beaucoup d’autres choses influencent mon travail et cela évolue avec le temps. Si je devais donner un nom je choisirai celui de Mike Dorsey qui est pour moi une très grande influence. Cependant, pour ma prochaine série de toile, je m’inspire aussi de l’art nouveau, Klimt, Takato Yamamoto et bien d’autres.

Vous avez une préférence pour l’illustration ou le tattoo ? Un support vous plait-il le plus ?

Holesin_ears: Je préfère le tattoo, évidemment ! La peau est un support unique. Chaque tattoo est une expérience. Il y a toujours à apprendre et à refaire, en mieux.

Melartista: Tout à fait, tout dans le milieu du tattoo est unique. Le client, le design, sa peau etc. J’ai développé un vrai engouement pour ce support qu’est la peau. Travailler avec les formes du corps, ses défauts, sa couleur, tant de facteurs qui vont justement rendre mon dessin unique et celui qui le porte singulier. Le fait de faire voyager mon art à travers les gens est aussi une grande satisfaction personnelle. Cependant, je ne voudrais en aucun cas abandonner les autres supports de création comme les toiles, papiers ou le tissus.

À quand la première performance dans la rue par l’intermédiaire de bombe ou de collage ?

Holesin_ears: J’ai testé la bombe à une époque mais jamais rien de très sérieux. J’ai d’ailleurs toujours préféré le graff au collage.

Melartista: J’ai toujours eu envie de me mettre au graffiti. Pouvoir créer des fresques immenses sur un aussi grand support qu’est un mur, avec un tout nouveau médium comme la bombe. Bien qu’ayant déjà testé avec Yann, je n’ai jamais eu le temps de m’y pencher réellement. Le collage ne m’attire pas plus que ça mais pourquoi pas essayer la bombe un peu plus sérieusement !

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer dans le tattoo ?

Melartista: Selon moi, avant de commencer à tatouer, il faut avoir un style graphique déjà bien marqué avec lequel on est en phase et avoir une bonne qualité graphique. Bien que notre style peut et doit évoluer avec le temps, il est très important d’arriver avec de bonnes bases. Il faut être très créatif, investi et motivé car ce métier prend 90% de ta vie. Tu manges tattoo, parles tattoo, dors tattoo, vis tattoo haha. Il faut être très patient car comme tout métier artistique, il y a des hauts et des bas et c’est parfois très dur à gérer.

Holesin_ears: Oui c’est vrai! Il faut dessiner, tout le temps et tous les jours ! Avec des références, des buts à atteindre et une envie de progresser constante. Se remettre soi même et son art en question pour avancer et progresser. Mais aussi se faire tatouer, par des artistes qui nous inspirent et que l’on suit. Le meilleur moyen d’apprendre, c’est de regarder ceux qui nous inspirent en train de travailler. Par exemple, Mélanie et moi considérons notre corps comme étant un grand mur. Nous choisissons des artistes qui nous attirent pour qu’ils puissent créer une œuvre sur nous, partager un moment avec eux, échanger sur leur art. Laisser une trace et une histoire. C’est une sorte de collection personnelle qui s’accroit tout au long de sa vie.

Pouvez-vous nous expliquer la signification de vos noms d’artistes Melartista & Holesinears ?

Melartista: Haha ! La signification de nos noms d’artistes est moins passionnante qu’il n’y parait. Pour moi, c’est tout simplement le diminutif de mon prénom : Mel. C’est comme ça que beaucoup m’appellent. Suivi de artista, référence au mot artiste.

Holesinears: Pour moi, il s’agirait presque d’un autoportrait haha. Holesin_ears veut tout simplement dire trous dans les oreilles, tout comme ceux que j’ai dans les miennes.

Interview réalisée par Léa Cerutti.